Pourrait-on se passer de Visa et Mastercard en France avec CB ?

Alors que les tensions mondiales redéfinissent les rapports de force en ce début d’année 2026, avec les annonces hostiles de Trump concernant le Groenland, une question brûlante s’invite dans le portefeuille des Français : notre argent est-il vraiment à l’abri des décisions prises à Washington ? Entre les menaces de sanctions et l’usage politique du dollar, l’Europe tente de briser ses chaînes technologiques. Si la France dispose d’un bouclier solide avec son réseau national Cartes Bancaires, ou « CB » pour les intimes, le chemin vers une indépendance totale face aux géants américains du paiement, Visa et Mastercard, reste semé d’embûches. Décryptage d’une transition historique qui pourrait bien changer votre façon de passer à la caisse.

Carte bancaire française CB sur un drapeau USA avec Visa et Mastercard (Crédit Alex.I)
Carte bancaire française CB sur un drapeau USA avec Visa et Mastercard (Crédit Alex.I)

Ce qu'il faut retenir :

  • Une protection nationale solide mais fragile : grâce au réseau CB, la France dispose d’une autonomie que ses voisins n’ont pas. Environ 75 % des paiements nationaux sont protégés en cas de blocage des réseaux américains, même si cette part recule face aux nouveaux usages.
  • Le piège des néobanques et du mobile : les utilisateurs de banques 100 % en ligne (Revolut, N26) et de solutions comme Google ou Apple Pay sont les plus exposés. Ces services dépendent quasi exclusivement des infrastructures de Visa et Mastercard, vulnérables aux décisions géopolitiques.
  • Wero, le futur standard européen : le projet Wero (ex-EPI) est la solution la plus concrète pour briser cette dépendance dès 2026. En s’appuyant sur le virement instantané, il ambitionne de devenir l’alternative souveraine pour vos achats quotidiens et en ligne.
  • Une indépendance progressive, pas immédiate : si se passer totalement des géants américains est impossible aujourd’hui pour voyager ou acheter à l’étranger, la période 2026-2029 sera cruciale pour sécuriser notre souveraineté financière domestique.

Pourquoi la question de l’indépendance financière devient-elle urgente en 2026 ?

On a longtemps cru que la finance était un long fleuve tranquille, une simple tuyauterie technique sans couleur politique. Mais les événements récents ont agi comme une douche froide. Aujourd’hui, on ne peut plus ignorer que derrière chaque bip de carte bancaire se cache une infrastructure qui appartient majoritairement à deux entreprises californiennes. Si ces dernières décident, sous la pression de leur gouvernement, de mettre fin à toute collaboration, c’est toute une économie qui peut se retrouver paralysée en quelques secondes. On l’a vu par le passé avec des blocages spectaculaires ailleurs dans le monde, et l’idée que cela puisse arriver sur le Vieux Continent n’est plus de la science-fiction. Pour l’épargnant moyen, c’est un risque de ne plus pouvoir payer ses courses ou retirer du liquide, simplement parce que les règles du jeu diplomatique ont changé à l’autre bout de la planète.

Cette prise de conscience a incité les dirigeants européens à sortir de leur torpeur. On ne parle plus seulement de confort ou de frais bancaires, mais bien de sécurité nationale. Le but est simple sur le papier, mais complexe à réaliser : agir pour qu’une transaction entre un boulanger à Lyon et un client à Paris ne dépende d’aucun centre de données situé aux États-Unis. En 2026, cette volonté de souveraineté n’est plus un luxe, c’est une nécessité pour éviter que nos moyens de paiement ne deviennent des otages dans des négociations internationales musclées. On cherche donc à créer des circuits courts de l’argent, plus discrets et surtout moins vulnérables aux humeurs géopolitiques d’outre-Atlantique.

Quel est le rôle actuel du réseau national CB dans cette protection ?

La France a une chance incroyable que ses voisins nous envient souvent : le groupement Cartes Bancaires, ou « CB » pour les intimes. C’est notre pépite locale, celle qui gère encore environ trois quarts de nos achats quotidiens. Si demain, par un scénario catastrophe, les réseaux américains étaient débranchés, la plupart de nos cartes continueraient de fonctionner chez les commerçants français. C’est grâce au « cobadgeage », ce discret logo CB souvent niché dans un coin de votre plastique, qui assure que le trajet de l’argent reste bien de chez nous. C’est un filet de sécurité qui nous évite le chaos total. Pourtant, ce socle s’effrite un peu plus chaque année. On est passé de 16 milliards de transactions annuelles à environ 14,5 milliards en 2025, signe que les habitudes changent.

Le problème, c’est que ce rempart vieillit et ne couvre pas tout. Les nouvelles banques en ligne, celles qui cartonnent chez les jeunes, s’en passent souvent pour réduire les coûts et simplifier leur déploiement. De même, dès que vous franchissez la frontière ou que vous achetez sur un site étranger, la magie du réseau national cesse d’opérer. On se retrouve alors à nouveau dans les bras des prestataires américains. C’est là que le bât blesse : nous sommes protégés pour le pain et le lait, mais dès qu’on veut voir plus loin, on redevient dépendants. Il y a donc une urgence à moderniser cet outil pour qu’il ne finisse pas au musée des technologies oubliées, d’autant que le paiement mobile, lui, ignore superbement nos solutions locales.

Pourquoi le paiement mobile et les néobanques sont-ils nos points faibles ?

C’est ici que le bât blesse vraiment. Si vous utilisez Apple Pay ou Google Pay avec votre smartphone, vous êtes presque entièrement sous contrôle californien. Ces services ont réussi à se rendre indispensables par leur simplicité, mais ils fonctionnent comme des tunnels qui contournent nos infrastructures traditionnelles. Pour beaucoup d’utilisateurs de Revolut ou de N26, la question ne se pose même pas : ils n’ont souvent aucune connexion avec le réseau français CB. En cas de blocage, ces cartes deviendraient instantanément des morceaux de plastique inutiles, et les téléphones ne serviraient plus qu’à prendre des photos. C’est un angle mort colossal dans notre stratégie de défense financière, car une part croissante de la population, surtout en ville, ne jure plus que par ces outils dématérialisés.

Cette fragilité est d’autant plus inquiétante que ces nouveaux acteurs captent une part de plus en plus grande du marché. Ils proposent des services fluides, des interfaces léchées, mais ils sont les premiers à devoir appliquer les sanctions internationales sans discuter. On se retrouve donc avec une France à deux vitesses : d’un côté, les banques traditionnelles qui offrent une certaine résilience, et de l’autre, une économie numérique ultra-moderne mais totalement exposée aux vents contraires venus de l’étranger. Pour le citoyen lambda, c’est un pari risqué sur l’avenir, car personne n’a envie de se retrouver bloqué à la borne d’un parking ou devant un terminal de paiement parce que sa banque « moderne » a été débranchée du réseau mondial.

C’est quoi Wero et pourquoi est-ce notre meilleur espoir pour 2026 ?

On en entend de plus en plus parler, et pour cause : Wero est la réponse concrète de l’Europe à cette domination étrangère. Lancé par l’initiative européenne de paiements, ce projet regroupe les plus grandes banques du continent avec une ambition claire : proposer une alternative crédible et souveraine. En ce début 2026, le déploiement s’accélère. Après avoir commencé par les transferts d’argent entre amis, le service s’attaque désormais au paiement en ligne et, progressivement, aux achats en magasin. C’est une petite révolution car, pour la première fois, on essaie de construire un système qui fonctionne aussi bien à Paris qu’à Berlin ou Amsterdam, sans demander la permission à Visa ou Mastercard.

L’idée de Wero, c’est d’utiliser le virement instantané comme moteur. L’argent passe directement d’un compte à l’autre, en quelques secondes, sans intermédiaire inutile. Pour nous, les clients, cela ne change pas grand-chose visuellement : on scanne un code ou on valide sur son appli, et c’est réglé. Mais, sous le capot, tout change. C’est une infrastructure européenne, gérée par des Européens, soumise aux lois européennes. C’est le levier le plus puissant dont on dispose actuellement pour reprendre notre destin en main. Si les banques jouent le jeu et que les commerçants suivent, ce nouveau venu pourrait bien devenir le standard de demain, renvoyant les réseaux américains à un rôle de second plan pour nos besoins quotidiens.

L’euro numérique va-t-il vraiment remplacer nos cartes bancaires ?

On en parle souvent comme d’un épouvantail, mais l’euro numérique est en réalité un projet de complément. La Banque Centrale Européenne a terminé ses phases d’étude et, en ce milieu d’année 2026, les choses sérieuses commencent. L’idée n’est pas de supprimer vos billets de banque ou votre carte bleue, mais d’offrir une version électronique du cash. Imaginez un portefeuille numérique directement garanti par l’institution monétaire, et non par une banque privée. C’est une sécurité ultime : même si tout le système bancaire classique traversait une tempête, cet euro-là resterait utilisable. C’est un outil de souveraineté absolue, car il fonctionnerait totalement en dehors des circuits commerciaux traditionnels.

Cependant, il ne faut pas s’attendre à une révolution demain matin au supermarché. Le lancement pour le grand public n’est pas prévu avant plusieurs années, probablement vers 2029. C’est un projet de temps long, une assurance pour l’avenir plus qu’une solution immédiate à nos problèmes actuels. En attendant, il servira surtout de socle technologique pour de nouveaux services. Pour l’instant, c’est surtout un signal envoyé au reste du monde : l’Europe est capable de créer sa propre monnaie technologique. C’est une pièce de plus dans le puzzle de notre indépendance, mais la bataille de 2026 se joue d’abord sur le terrain des paiements instantanés comme Wero.

Pourra-t-on vraiment dire adieu aux réseaux américains à court terme ?

Si l’on veut être tout à fait honnête, la réponse est non. En tout cas, pas tout de suite et pas totalement. Se passer de Visa et Mastercard dès aujourd’hui provoquerait un sérieux mal de tête, surtout pour tout ce qui touche à l’international. Si vous voyagez hors d’Europe ou si vous commandez sur des sites basés aux États-Unis ou en Asie, ces réseaux restent incontournables. Ils disposent d’une force de frappe et d’une acceptation mondiale qu’aucune solution locale ne peut égaler pour l’instant. Le but n’est d’ailleurs pas forcément de les éradiquer, mais de ne plus être à leur merci pour nos besoins vitaux et domestiques.

Le verdict pour cette année 2026 est nuancé. On est dans une phase de transition majeure. La France est mieux armée que ses voisins pour résister à une crise grâce à son réseau CB, mais elle doit absolument réussir le virage du mobile et du commerce en ligne souverain. Les années qui arrivent, jusqu’en 2028-2029, seront le véritable test. Si Wero s’installe dans nos habitudes et que le réseau national se modernise, alors oui, nous pourrons regarder les géants américains avec beaucoup plus de détachement. Pour l’instant, la prudence reste de mise : gardez votre carte française bien au chaud, car c’est elle qui reste votre meilleure alliée en cas de coup dur géopolitique.

Thierry Chabot

Auteur : Thierry Chabot
Article publié le 7 janvier 2026 et mis à jour le 7 janvier 2026
Passionné par l'univers de la finance, j'accompagne les particuliers dans leurs choix et décisions pour optimiser leur budget et ainsi faire des économies.

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